A l'époque, nous ne comprenions pas vraiment ce qui se passait : sur le mur peint en blanc qui faisait face à la route se dessinaient, avec une netteté qu'aujourd'hui encore je trouve hallucinante, les formes, sens dessus dessous, de tout ce qui passait dans la rue : les autocars et leurs couleurs rutilantes, les voitures, les femmes avec leurs chemisiers colorés …Il y avait même - légèrement étouffé, ce qui ajoutait au mystère - le son ! Nous ne nous lassions jamais de ce spectacle. Et c'est ainsi qu'agissait sur moi, à mon insu, la M.A.G.I.E de l'I.M.A.G.E. L'explication de ce phénomène, je l'ai eue quelques années plus tard, lorsque je commençai à m'intéresser à la photo. La chambre en question n'était autre qu'un sténopé géant. Un trou minuscule dans une des persiennes, situé fortuitement au point exact de l'intersection des diagonales du mur, jouait le rôle de l'objectif. L'obscurité qu'exigeait ma tante transformait cette pièce en "camera oscura" … Merveilleux !