C'était un petit village situé sur une colline au-dessus du Drac, un affluent de l'Isère. Des vignes s'alignaient juste au-dessus des maisons. Lors de la mise en eau du barrage de Monteynard, le village fut englouti. Au cours des années 80, je suis allé me promener presque par hasard sur la " plage " de Savel. Je ne savais rien ou presque de ce qui s'était passé là. La première fois que j'y suis venu, j'ai été véritablement fasciné par le spectacle. Le niveau de l'eau étant très bas, ce qui restait des anciennes vignes de Savel s'alignait devant moi, ceps tordus et déchiquetés. Des souches d'arbres, des troncs burinés par les eaux, gisaient au milieu des pierres, figurant des êtres étranges venus d'ailleurs. Au-dessous d'une certaine altitude, aucune végétation. Un immense champ de pierres. La solitude du lieu, le silence, les ceps, donnaient au paysage une atmosphère insolite et fantastique. Une lumière curieuse, sans doute provoquée par la réverbération sur les pierres, augmentait encore cette sensation de se trouver sur une autre planète. C'est ce que j'ai essayé de rendre ici.